Voici une information qui a attiré l’attention : pour la première fois de son histoire, le Centre européen de formation continue maritime de Concarneau a validé plus de femmes que d’hommes dans sa formation « matelot pont ». Neuf d’un côté, six de l’autre. Je n’écris pas « neuf contre six » car s’il y a des métiers que l’on ne peut pas faire les uns contre les autres, ce sont ceux de la mer. Catherine Poulain l’a si bien raconté dans son livre Le grand marin, et elles ont été nombreuses, comme elle, à le prouver par l’exemple. Dois-je citer Isabelle Autissier, Florence Arthaud, Hélène McArthur pour les pionnières de la course au large ? Ou encore Scarlette Le Corre (marin-pêcheur), Claire Pothier (première femme commandant d’une frégate multimissions) ou Kristell Kérourédan, aux commandes d’un navire de la Britanny Ferries ? Si on remonte plus dans l’histoire, on trouve de nombreuses femmes à la barre de navires et même de flottes entières comme l’impressionnante chinoise Ching Shih, à la tête de 80 000 hommes et 1 500 bateaux, au début du XIXe siècle, quand elle contrôlait la plus grande partie de la mer de Chine… Je salue donc cette première du CEFCM, et ces femmes qui se destinent aux métiers du pont, que ce soit en pêche ou en marine marchande. Mais j’ai envie de ne pas m’étonner. Et de saluer dans le même élan tous les hommes qui font le même choix. La mer est un milieu à la fois magnifique, envoûtant et dangereux où il n’y a plus ni homme ni femme. On y croise des humains un peu différents qui composent parfois ce qu’on nomme des équipages. Alors le plus simple est de s’en tenir à la philosophie d’un ancien commandant des forces sous-marines américaines qui, quand on lui demandait s’il avait été difficile d’incorporer des femmes à bord avait simplement répondu que « tout ce qui peut porter un tee-shirt et un short est un marin ».
Christophe Agnus