Aux États-Unis, il y a une formule très populaire résumant les deux choses auxquelles il est impossible d’échapper : la mort et les taxes. Sur l’île Heard, caillou de 386 km2 balayé par les vents des 50es hurlants, perdue entre l’Antarctique et l’archipel des Kerguelen, on connaît bien la mort depuis que le Britannique Peter Kemp l’a découverte, en 1833. Pendant des dizaines d’années, elle servira de base pour les chasseurs de phoques, qui décimeront la population de pinnipèdes avant de s’en aller définitivement, à la fin du XIXe siècle. En janvier 1929, un Britannique s’y arrêtant la décrira comme offrant « une physionomie toute polaire avec sa puissante calotte de glace plongeant un peu partout dans la mer, n’épargnant que de rares escarpements rocheux et quelques petits cônes volcaniques récents et disséminés à sa périphérie ». Devenue australienne en 1947, comme sa voisine aussi désertique McDonald, elle n’accueillera plus que de rares missions scientifiques. Si j’en parle ici, c’est que les îles Heard et McDonald apparaissent dans la liste, présentée par le président Donald Trump, des « pays » devant maintenant s’acquitter de taxes forfaitaires pour pouvoir exporter aux États-Unis. Je me suis demandé ce que ce territoire pouvait bien exporter, vu qu’il n’y a aucun habitant, aucune industrie. À moins que ce soit une façon de vouloir, en partageant un dicton populaire outre-Atlantique, rendre américains les manchots et les éléphants de mer de l’île ? Après tout, vu la difficulté de la vie dans le Grand Sud glacial, ils connaissaient déjà la mort. Les voici désormais découvrant ce qui leur manquait selon Washington : les taxes…
Christophe Agnus
Photo Stephen Brown/ Australian Antarctic Division