Miracles sous la glace

« À chaque fois, nous trouvons de nouvelles espèces inconnues ». Je repense souvent à cette affirmation d’un chercheur américain spécialiste des grands fonds. Il évoquait alors les plongées dans la fosse de Monterey, généralement effectuées avec un robot. Et la preuve est encore une fois apportée par les scientifiques de la Schmidt Ocean Institute dont le navire s’est retrouvé par hasard, en janvier, à proximité d’un énorme iceberg (150 km2) s’étant détaché de la banquise, en Antarctique. Leur réflexe : changer leur programme pour voir ce qui s’était caché, pendant des centaines, milliers d’années, sous cette montagne de glace où il est extrêmement difficile de s’aventurer en temps normal. Brusquement, une zone quasi inaccessible, et dans l’obscurité pendant si longtemps, se retrouvait à la lumière. Ce qu’ils ont trouvé ? Une vie encore jamais observée. De larges éponges certainement centenaires, des coraux, des poulpes, des araignées de mer, de gigantesques méduses (plus de dix mètres de long !), et évidemment des poissons… L’inventaire n’est pas encore terminé, mais les experts s’attendent à découvrir de nouvelles espèces. Et c’est là que la science touche au fantastique : la mer n’en finit pas de nous émerveiller, de nourrir nos rêves. Il suffit de se poser au bord d’un rivage et de regarder au large pour se dire qu’il y a là, quelque part, des animaux ou des plantes marines que personne n’a encore jamais vus, dont nous ignorons tout de la forme, de la couleur, de la vie. L’humain, qui se croit souvent le maître de tout sur la planète, est rappelé à sa condition : ces animaux et ces plantes sont souvent apparus avant nous, et ont très bien vécu sans nous. Mieux : sans même savoir que nous existions. Alors adoptons l’attitude appropriée ; restons humbles, regardons au large, et continuons de rêver.
 Christophe Agnus
Photo ROV SuBastian / Schmidt Ocean Institute