L’honneur en jeu

Les symboles ont leur importance. Et il y en a deux qui méritent qu’on s’y attarde aujourd’hui. Le premier prend la forme d’une frégate née en 1779, morte une première fois en 1793 pour renaître en 2014 : L’Hermione. Commandée par le grand Latouche-Tréville, elle avait embarqué le jeune marquis de La Fayette allant annoncer à George Washington l’arrivée de troupes françaises pour soutenir les jeunes États-Unis contre l’Angleterre, mais aussi combattu dans la décisive bataille de Yorktown. Sa copie, construite au 21e siècle à Rochefort, a symbolisé cette amitié franco-américaine avant que des champignons s’attaquent à sa structure en bois, et qu’elle entre en chantier de réparation. Là arrive le second symbole : la difficulté de l’association Hermione – La Fayette à boucler le financement des travaux. On parle de 3 millions. C’est peu dans l’absolu, et beaucoup quand ils manquent pour sauver le voilier. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : sauver L’Hermione. Faire naviguer encore et encore ce navire qui représente autant l’Histoire que le savoir-faire de nos charpentiers de marine capables de reconstruire à l’identique deux cents ans plus tard mais avec les outils de nos anciens, une frégate de 66 mètres de long portant jusqu’à 3 315 m2 de voiles. Les Français savent se mobiliser pour sauver Notre-Dame, des entreprises sont prêtes à dépenser gros pour qu’un sportif porte leur marque, l’État sait même financer des autoroutes à l’utilité parfois douteuse… En 1793, la première Hermione avait coulé au large du Croisic après s’être couverte de gloire. Si, aujourd’hui, nous n’arrivons pas à sauver son héritière, La Fayette et Latouche-Tréville seront morts une seconde fois.

Christophe Agnus

Pour en savoir plus: https://fregate-hermione.com/

Merci à Ewan Lebourdais, Peintre officiel de la Marine, pour la photo
https://www.ewan-photo.fr/