L’Ifremer vient de publier une note sur l’exploitation des grands fonds que je peux résumer à ceci : il est dangereux, et en plus sans doute pas rentable, de vouloir exploiter un milieu naturel dont on ne connaît pas grand-chose, notamment son rôle dans les équilibres naturels globaux (climat et biodiversité notamment). Évidemment, l’idée est de continuer à explorer scientifiquement, d’essayer de répondre à toutes nos questions pour que la connaissance nous permette de prendre la bonne décision. Pas sûr que ce soit la réponse attendue par certains industriels que les ressources abyssales, telles que les nodules polymétalliques (photo), les sulfures hydrothermaux et les encroûtements cobaltifères, font rêver : ils contiennent des métaux comme le cobalt, le nickel, le cuivre et le manganèse, précieux pour notre électronique moderne. La note souligne aussi que cette manne ne profiterait qu’à quelques pays riches (récolter à 4 000 mètres de profondeur n’est pas donné) et que cela n’inciterait pas vraiment les innovations technologiques de substitution, moins impactantes écologiquement. Mais il y a une autre raison de ne pas se précipiter : la poésie. Aujourd’hui, les habitants des villes souffrent souvent d’une déconnexion avec le naturel, et la mer est pour beaucoup un espace d’évasion mentale. Il suffit de l’observer. D’avoir même des frissons à l’idée des millions d’espèces inconnues qui y vivent. Si tout doit être relié à des notions rationnelle et financière, et que les mystères des grands fonds marins ne sont plus vus que comme des produits potentiels à exploiter, encore et encore, nous avons peut-être plus à y perdre que le téléphone portable encore plus performant qui pourrait en bénéficier : notre humanité.
Christophe Agnus
Photo IFREMER