Quand on aime la mer, une évidence s’impose : certaines villes ou régions du monde ont plus de chance que d’autres. Je pense à la côte norvégienne, comme sur la photo. À Sydney, New York, San Francisco ou Marseille. Là où le rêve et l’évasion sont au bout du quai : il suffit de s’embarquer dans un ferry ou une navette maritime. Que ce soit pour relier deux villes quand la mer est le moyen le plus rapide, ou traverser une baie, un fleuve ou un port pour simplement rejoindre un autre quartier, ces navires embarquant des passagers et parfois leur véhicule proposent bien plus qu’un service de transport. Pendant la durée du trajet, le temps s’arrête. Accoudé au bastingage, les yeux cherchant la vague d’étrave ou le voilier à la route de croisement, ou simplement assis sur un banc en rêvant, gentiment bercé par un tangage délicat, le passager s’offre un moment hors du temps et du rythme souvent dingue de la vie moderne. Il n’est plus dans la ville et pas encore dans la circulation du quartier où on l’attend peut-être. Il est ailleurs. Même pour un court trajet pour rejoindre une île du golfe du Morbihan ou traverser le Blavet entre Port-Louis et Lorient, il a le plaisir d’assister au ballet de ces marins aux gestes sûrs : la passerelle qui rentre, les amarres qui se larguent, la manœuvre d’éloignement du ponton, puis la prise de cap vers la destination, avant que le processus s’inverse en arrivant au quai suivant. Il suffit de quelques dizaines de minutes pour que le monde bascule, que le plaisir arrive. Alors, quand on aime l’Écosse et qu’un projet de ferry reliant Dunkerque à Rosyth (près d’Édimbourg) est annoncé, on se met à envier les habitants du nord de la France : vingt heures de traversée. Les veinards. Christophe Agnus
Photo Erlend Klakegg Bergheim |