| Cette photo date de 2020 et ce bateau n’existe plus. Ou plus dans cet état. Aujourd’hui, le MV Alta est couvert de rouille et coupé en deux morceaux, sur la côte sud-est de l’Irlande. L’homme n’est pas responsable de son éclatement (la mer a fait le travail), mais difficile de l’innocenter de cette mort programmée. Construit en 1976, et d’abord baptisé Tananger, ce cargo renforce la superstition des marins qui estime qu’on ne doit pas changer le nom d’un navire. Lui le fera plusieurs fois avant qu’on lui donne celui qu’il gardera jusqu’à sa mort. Mais c’est en 2018 qu’il entre dans la chronique des faits divers quand son équipage est secouru, après une dizaine de jours de dérive, par les garde-côtes américains, à 2 200 kilomètres des Bermudes. Ce qui arrive ensuite au cargo ? Personne ne le sait vraiment. Comme tous les bateaux fantômes, il conserve sa part de mystère, laissant la place à l’imagination. Il semble qu’il ait été détourné deux fois. Mais par qui ? Pour aller où ? Personne ne peut le dire. Vide, il aurait traversé l’Atlantique avant de remonter vers l’Espagne puis de se fracasser sur la côte irlandaise. Prenez une carte, et regardez le parcours : une sacrée traversée, sans que personne, à part un navire de la Royal Navy, au large de l’Afrique, ne le signale… Aujourd’hui, une autre catégorie de navire fantôme patrouille les mers sans se faire repérer. Le plus souvent vieux, naviguant sous pavillon de complaisance, ils sont utilisés par la Russie pour exporter une grande partie de son pétrole en contournant les restrictions des sanctions internationales. Ce sont des cousins, en quelque sorte, du MV Alta. À un détail près : vu leur cargaison, on préférerait qu’ils ne terminent pas sur des rochers… (Je sais, je suis ironique cette semaine, mais je n’ai pas pu m’en empêcher tellement cela m’a paru surréaliste, déconnecté du monde réel… » Christophe Agnus Photo Colm Ryan |