Des chiffres et des dollars

D’abord, il y a des chiffres tragiques : au moins 22 000 travailleurs sont morts pour construire le canal de Panama, entre 1881 et 1914. Des travaux titanesques qui ont commencé avec les Français, malgré les protestations de Rutherford B. Hayes, président des États-Unis, qui déclarait en 1882, pour justifier son désaccord, que « notre intérêt commercial est supérieur à celui de tous les autres pays ». Déjà. En 1902, le Congrès américain ratifie le rachat des parts de la société française construisant le canal, après une belle campagne de corruption des élus républicains. Déjà. Le canal ouvre en 1914, sous protectorat des États-Unis. En 1964, quand un général américain fait enlever le drapeau panaméen sur les bâtiments civils de la zone, la répression des protestations populaires fait 27 morts et des centaines de blessés. Un accord est signé en 1977, et le Panama reprit le contrôle de son canal en 1999. L’enjeu de tous ces morts ? La facilitation du trafic maritime entre l’Atlantique et le Pacifique, pour éviter une rallonge de plus de 10 000 kilomètres par le Cap Horn. 
2025 est l’année de la mer, mais il faut parfois de tels rappels historiques pour réaliser son importance dans le fonctionnement de nos sociétés mondialisées : 80 % des échanges commerciaux de la planète (90 % en volume) utilisent les voies maritimes. Les enjeux financiers sont considérables. Et certains sont prêts à tout quand il s’agit d’argent. Aujourd’hui, Donald Trump affirme vouloir récupérer le canal, en disant « on l’a donné au Panama et on le reprend ». « Donner, c’est donner ; reprendre, c’est voler » dit l’adage populaire, mais s’il n’y a plus ni éthique, ni respect des accords, ni même lois internationales, soyons fous : vu que les Français ont commencé les travaux, peut-être pourrions-nous, nous aussi, en revendiquer un petit bout ?
 

Christophe Agnus

Photo Bibliothèque du Congrès (USA)